Le repas du templier
#1
Posté 25 10 2009 - 23:44
Il a l'estomac qui grouine le vieux. Trainer sur un âne, c'est plus de son âge.
45 ans et la mort qui l'attend en embuscade au coin d'une cyrose, que j'me demande combien de temps y va encore lui faire la nique à la Faucheuse.
L'année 1685 n'a pas été la meilleure pour lui.
L'humidité attaque son dos, et à peu près tout ce qui grouille dans sa carcasse.
"J'ai faim bordel!"
Je lui balance une baffe. Il sait bien que c'est moi qui décide si on s'arrête pour pisser ou chier, ou si on continue.
Il est plus capable comme dans l'temps de me tenir tête, à l'époque où il avait dix bons kilos de muscles en plus et où il jouait avec un bâton comme un maître d'arme peut jouer avec un fleuret.
- Couillon ! Je viens de trouver une Auberge alors tu vas la jouer fine parce-que c'est la seule et qu'il fait nuit.
- Je dis rien.
- J'ai pas envie de pioncer dans un buisson, alors tu vas sortir des manières de bourgeois et faire bonne impression.
- Bonne impression ouais.
- Et puis essuie toi la gueule ! T'as encore du sang autour des babines!
Il se pourlèche.
Faut dire que y'a trois jours, une bande de malandrins ont voulu nous écorcher la gueule et voler nos bourses.
Sauf qu'ils savaient pas qui je trimballais sur mon âne.
On va dire que les trois quarts du temps, c'est une poche à vin, un ivrogne. Méchant et vicieux comme le Diable.
Il a été mercenaire du Roi en Prusse. Il a dû suriner des nobles pour le compte du Royaume de France, un genre d'assassin sur gages, mais du genre bien doué.
Y'en avait quatre. Le premier avait une gueule à mourir bientôt. "Holà l'ami ! Tu traînes quoi sur ton âne?"
Le vieux roupillait à moitié.
"On veut juste passer, pas d'histoire."
Le rapineur savait ce qu'il voulait.
- Le vieux, il vaut quoi ?
- Il vaut rien.
- Moi j'dis qu'il vaut quelque chose.
- Je dis qu'il vaut rien. C'est juste un vieux fou malade.
Sur quoi je m'étais retrouvé lame sous la gorge.
Les trois camarades du voleur avançaient vers l'âne qui, tout à coup, s'est mis à braire.
Le vieux s'est réveillé, et là , je vous le jure, j'ai vu un miracle.
Sa main gauche a dégainer son épée en un éclair qui a suffit à égorger du bout du piquant le bandit qui était sur sa gauche.
D'un coup, il s'est retrouvé sur ses jambes, sa capuche cachait son visage.
Pendant que le premier brigand rendait l'âme dans un bruit de cochonnaille égorgé; les deux autres se faisaient perforer par son épée qui virevoltait si rapidement qu'on ne la percevait pas.
Une fois les trois bandits morts, il était remonté sur son âne et avait regagné son sommeil.
J'étais seul face à ce qui me semblait être le chef.
Dans sa surprise, il avait perdu tous ses moyens. Pas moi.
J'avais saisit ma dague et l'avais planté direct au coeur.
Il crache du sang. Il hoquète.
Il crève. On reprend la route.
***
- J'ai faim ! Et j'ai soif ! Du vin !
- Ta gueule le vieux! J'veux pas qu'on se fasse tricart à peine arrivé.
Je pousse la porte de l'Auberge. Il y'a une dizaine de types qui là-dedans qui avalent des repas bien digeste et du vin rouge.
- Aubergiste !?
- Oué m'sieur.
- Une table pour deux. On a grand faim!
- 'T'suite m'sieur.
Je me cale le cul sur une chaise.
"Je te préviens que JE choisis le menu" me dit le vieux.
J'acquiesce.
De sa poche, le vieux sort une bourse que je ne lui connaissais pas.
En grommelant, il balance trois écus d'or sur la table en bois de chêne sous l'oeil envieux des poivrots de la table d'à coté.
- On veut bien bouffer.
Il dit.
L'aubergiste attrape frénétiquement les pièces et demande : "Messire désire?"
Foutre Dieu! Que je sois damné si ce gros cul d'aubergiste a déjà utilisé ces mots auparavant!
- Boire, manger. Vin rouge. Viande.
Le vieux a parler et l'aubergiste se réfugie dans son arrière boutique, prêt du fourneaux.
Le vieux ne parle pratiquement que comme ça. Mot par mot.
Depuis l'hiver dernier où il s'est retrouvé muet après avoir été retrouvé dans la neige, évanoui, il parle bizarrement.
Le soleil est couché et bien couché.
La femme de l'aubergiste verrouille à clef la porte.
"A cette heure , c'est plein de malfaisants là-dehors!" nous lance t'elle.
Je la crois sans problème.
L'aubergiste arrive les mains pleine.
D'une grosse marmite qu'il pose sur la table assez brutalement émane des odeurs de lard et de pomme de terre.
Je bave et le vieux sourit.
Il est content le vieux. La bouffe c'est vraiment la seule chose qui le fait encore vivre.
- DU VIN!
Il gueule.
L'aubergiste prend le relai en criant à sa femme : "DU VIN SERVANT , FEMME! "
Elle revient avec un pichet de rouge.
Et la ripaille commence.
Au bout de deux jours à ne becqueter que du lapin sec ou du faisan, on apprécie un repas cuisiné.
Le vieux boit un premier verre de vin cul sec et pousse un "haaaaa" de satisfaction en même temps qu'il se ressert.
Moi aussi, j'ai grand appétit, mais je n'ai définitivement pas la même aptitude à m'engraisser que le vieux.
Dans la chair de la poularde qu'on lui présente, il plante sa dague et se ramène si rapidement en bouche les morceaux de viande que je crains qu'il ne se transperce le palais du pointu de sa lame.
Nous buvons. Il me jète un regard espiègle alors que l'aubergiste apporte à sa demande un second pichet de vin. Puis un troisième. Puis un quatrième.
Je suis saoûl. Pas lui.
La viande est ingéré, il demande du fromage.
"Ben, c'est qu'on en a guère ici Monseigneur."
Le vieux prend son air des mauvais jours.
La femme de l'aubergiste donne un coup d'épaule à son époux : "Y'a bien la tome du gros Louis!"
- C'était pour nous non?
- Et alors? Y paye ! Y mange!
L'aubergiste n'est pas décidé jusqu'à ce que le vieux lâche deux autres pièces d'or sur la table.
Des pièces qui valent largement cent fois une tome de fromage.
La chaire du fromage, légèrement coulant est exposée sous nos nez.
J'ai trop mangé, j'ai envie de rejoindre ma chambrée mais je me dois de m'occuper du vieux.
Le vieux s'occupe pourtant très bien de lui-même manifestement.
Il étale son fromage sur de large tranche de pain qu'il avale, le tout arrosé de vin.
Combien de litres a t-il éclusé ? J'ai arrêté de compter à partir du 4eme.
Je prends conscience que l'assistance nous regade, ébêtée.
Ce repas pantagruelique est une surprise pour ces paysans en période de disette. Presque un affront sans doute.
Et puis, le vieux se sert maladroitement un dernier verre de vin.
Il boit et sort son épée.
" A LA GLOIRE DE DIEU!" hurle t-il en postillonnant du vin.. (du sang?)
Il plante sa lame en plein milieu de la table et s'effondre en arrière.
Mort.
Tous les regards se portent sur moi.
Moi le frêle, même jeune, je ne pourrais pas lutter contre quelques cul-terreux avide de gagner quelques pièces avec facilité. Mon corps serait facile à faire disparaître en ces contrées.
J'opte pour le consensus.
Je m'empare de la bourse qui reste bien remplie, et la jette vers ces paysans.
"Partagez-vous ça comme vous voulez, mais n'attentez pas à ma vie lorsque je serai sur ma couche."
Echanges de regards entendus.
***
En 2010, un guide ne sait pas répondre à la question du gosse qui lui demande pourquoi cette Auberge porte le nom de "l'Auberge du dernier Templier".
#2 Invité_Cinquesse_*
Posté 26 10 2009 - 07:40
Je copie-colle ce beau texte pour en faire quelques menues corrections que je te renverrai en retour.
Hé !!! faut un titre
#4
Posté 26 10 2009 - 12:34
Cinquesse, le 26 octobre 2009 - 07:40, dit :
Je copie-colle ce beau texte pour en faire quelques menues corrections que je te renverrai en retour.
Hé !!! faut un titre
Merci !
Y'a un titre "Le repas du templier" .
Pour la correction, te casse pas, c'est cadeaux pour le forum et je comptais pas le proposer à l'édition
#5 Invité_Cinquesse_*
Posté 26 10 2009 - 15:27
#6
Posté 26 10 2009 - 15:58
Cinquesse, le 26 octobre 2009 - 15:27, dit :
J'ai pas trouvé
... j'ai bien aimé aussi. Après, est ce qu'on peut balancer comme ça 5 écus d'or dans une pauvre auberge, je sais pas trop, et y'avait il encore des Templiers au XVIIe siècle ?
#7
Posté 26 10 2009 - 16:21
Yorgat, le 26 octobre 2009 - 15:58, dit :
J'ai pas trouvé
... j'ai bien aimé aussi. Après, est ce qu'on peut balancer comme ça 5 écus d'or dans une pauvre auberge, je sais pas trop, et y'avait il encore des Templiers au XVIIe siècle ?
Aucune idée
A ma décharge, j'ai écrit ça pour le forum en 30 minutes et légèrement abimé par l'excès de Ricard
Donc je ne pense pas qu'on puisse y trouver quelques vérités historiques
#8 Invité_Cinquesse_*
Posté 26 10 2009 - 16:37
#9
Posté 26 10 2009 - 18:00
Gr0uMe, le 26 octobre 2009 - 16:21, dit :
A ma décharge, j'ai écrit ça pour le forum en 30 minutes et légèrement abimé par l'excès de Ricard
Donc je ne pense pas qu'on puisse y trouver quelques vérités historiques
30 minutes ? belle inspiration ... j'aurais bien voulu dire "continue le Ricard", mais je ne voudrais pas salir mon karma
#10
Posté 26 10 2009 - 18:02
Ce message a été modifié par Gr0uMe - 26 10 2009 - 18:03.
#11
Posté 26 10 2009 - 18:07
Cinquesse, le 26 octobre 2009 - 16:37, dit :
J'aurais dit au XIIIe voir au XIVe siècle pour ma part.
Pour les unités de mesures anciennes:
http://fr.wikipedia....me_des_liquides
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